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Vince Kosuga : l'homme qui a fait interdire les futures sur oignons

Captain Trading··4 min

Pourquoi le marché des oignons aux États-Unis est-il le seul produit agricole à interdire les contrats à terme ? Cette anomalie réglementaire unique trouve son origine dans l'une des plus incroyables manipulations de marché de l'histoire financière américaine.

Voici l'histoire fascinante qui se cache derrière cette interdiction !

En 1955, un producteur d'oignons de New York a fait fortune en accaparant l'intégralité du marché des oignons aux États-Unis, déclenchant un scandale boursier majeur.

Lorsqu'il eut terminé son opération, les oignons coulaient littéralement dans les rues américaines.

Qui est partant pour découvrir cette histoire incroyable de spéculation et de manipulation ?

Vince Kosuga se considérait lui-même comme bien plus qu'un simple producteur d'oignons. Il exploitait une ferme de 5 000 acres dédiée à la culture d'oignons à Pine Island, dans l'État de New York. Mais c'est son activité secondaire, le trading sur les marchés à terme (futures), qui allait lui apporter une célébrité aussi sulfureuse que durable.


À l'origine, les marchés futures offraient aux agriculteurs un moyen efficace de couvrir leurs risques. Ils pouvaient signer des contrats pour vendre leur récolte à un prix fixe à une date ultérieure, éliminant ainsi le risque lié aux fluctuations des prix sur les marchés agricoles.

Mais Vince, lui, s'intéressait surtout à l'utilisation des contrats à terme à des fins spéculatives. Cette approche, bien éloignée du hedging traditionnel, allait changer sa vie.

Lui, il voulait s'enrichir et pas simplement couvrir ses risques !


Après quelques épisodes infructueux dans la négociation de contrats à terme sur le blé, Vince Kosuga eut une révélation (apparemment évidente).

Il savait tout ce qu'il y avait à savoir sur les oignons : il devait donc négocier des oignons ! Il allait réaliser la meilleure transaction d'oignons de tous les temps…



L'idée était simple. Il voulait s'emparer de tout le marché américain des oignons. Exécuter ce plan, en revanche, n'était pas si simple.

Pour y parvenir, il devait posséder la grande majorité de tous les oignons récoltés ou encore en terre du pays.

Vince ne s'est d'ailleurs pas lancé seul : il s'est associé à Sam Siegel, un trader aguerri qui connaissait parfaitement les rouages des marchés à terme. À eux deux, ils voyaient grand et ont commencé à acheter des oignons, beaucoup d'oignons…

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Ils ont construit des entrepôts secrets dans tout le pays, achetant et stockant des millions d'oignons. Mais cela ne couvrait que les oignons déjà récoltés, qui ne représentaient qu'une partie du marché total.

Ils ont donc commencé à acheter massivement des contrats à terme, devenant ainsi propriétaires de toutes les futures récoltes d'oignons américains. Une véritable stratégie de "corner" pour maîtriser l'offre et faire le prix, exactement à l'opposé du rôle légitime d'un teneur de marché.



À l'automne 1955, Kosuga et Siegel détiennent la mainmise sur l'ensemble du marché des oignons aux États-Unis — près de 98 % des oignons disponibles à Chicago seraient passés sous leur contrôle.

De plus, personne n'est au courant de l'ampleur de leur opération !

Avec un tel contrôle, ils peuvent faire varier le prix des oignons à leur guise. Il est maintenant temps de passer à la phase d'enrichissement.

Le plan machiavélique de Vince Kosuga se met en marche : manipulation et vente à découvert massive


Ils ont convoqué une réunion avec les grands acteurs du marché de l'oignon afin de leur faire passer un message d'une simplicité brutale : "Vous m'appartenez."

Ils pouvaient faire grimper ou chuter le marché sur un simple coup de tête, tandis que leurs interlocuteurs, agriculteurs et distributeurs, devaient s'y conformer sans broncher.

Ils ont alors accepté d'acheter 9 millions de livres d'oignons à un prix qui convenait à Vince.

Mais Vince avait un autre tour dans sa manche afin de faire coup double !


Il a commencé à parier contre le prix des oignons, en vendant à découvert (short selling) des contrats à terme. Au printemps 1956, il avait construit une position short massive contre le prix des oignons. Le piège était tendu. Pour mieux comprendre ce mécanisme de spéculation à la baisse, consultez notre guide sur les contrats à terme.

Il a ensuite vidé les entrepôts d'oignons, chargé les camions et inondé le marché entier d'oignons en quelques jours.



Avec l'arrivée simultanée d'énormes chargements d'oignons à la bourse des contrats à terme — le Chicago Mercantile Exchange (CME), où se négociaient ces futures — le prix des oignons a commencé à s'effondrer brutalement. Personne ne voulait être coincé avec tous ces stocks invendables.

Alors, certains camions ont tout simplement déversé leur chargement dans les rues. Les rues étaient littéralement inondées par les oignons de Vince Kosuga.


Le prix des oignons s'est effondré, tombant à 10 cents le sac de 50 livres, soit moins cher que le prix du sac vide dans lequel ils se trouvaient !

Vince Kosuga a fait le ménage et empoché une fortune.

Les conséquences : la loi Onion Futures Act de 1958 et son héritage légal

Son short sur le marché des oignons lui a rapporté 8,5 millions de dollars de l'époque — soit, en tenant compte de l'inflation, l'équivalent de plusieurs dizaines de millions de dollars aujourd'hui (de l'ordre de 95 à 100 millions de dollars en 2026). Pas mal pour un producteur d'oignons…

La grogne contre Vince était massive, vous pouvez l'imaginer.

De nombreuses personnes avaient été ruinées par ses manipulations du marché, mais il n'a jamais reconnu avoir commis quoi que ce soit d'illégal. Et oui, dans le droit anglo-saxon, lorsqu'une pratique n'est pas explicitement interdite, alors elle reste parfaitement légale !

Sa licence de négoce a été suspendue pendant 10 mois et il a dû payer une amende relativement modeste. Toutefois, son héritage perdure encore aujourd'hui dans la législation financière américaine…

En 1958, le président Eisenhower signe l'Onion Futures Act, la loi sur les contrats à terme des oignons, qui interdit purement et simplement la négociation de contrats à terme sur le marché des oignons.

À ce jour, les oignons restent le seul produit agricole affecté par une interdiction de ce type aux États-Unis. C'est ainsi que la légende du coup de force de Vince Kosuga sur les oignons perdure encore aujourd'hui dans les manuels d'histoire financière !

Mise à jour 2026 : la loi est toujours en vigueur (et a même été élargie)

Soixante-dix ans plus tard, l'Onion Futures Act n'a jamais été abrogé : en 2026, il reste tout simplement illégal de trader des contrats à terme sur les oignons aux États-Unis. Détail savoureux pour les amateurs d'anecdotes de marché : depuis 2010, le texte a été amendé pour bannir également les futures sur les recettes au box-office du cinéma (après un lobbying intense des studios hollywoodiens). L'oignon n'est donc plus littéralement le seul produit interdit — mais il reste le seul produit agricole concerné, ce qui rend cette anomalie toujours aussi unique.

Les leçons à tirer de cette manipulation historique pour les traders d'aujourd'hui

La morale de l'histoire sera celle qui vous conviendra…

Personnellement, je retiens plusieurs leçons essentielles de cette croustillante anecdote sur les contrats à terme :

  1. Les produits dérivés peuvent être hautement profitables si on sait les utiliser intelligemment, à condition de maîtriser la gestion du risque.
  2. Toujours faire attention à la manipulation des marchés, un phénomène qui existe encore aujourd'hui. Accaparer toute l'offre pour piéger les vendeurs n'est d'ailleurs que la version inverse d'un short squeeze : dans les deux cas, c'est un déséquilibre extrême entre l'offre et la demande qui fait exploser (ou imploser) les prix.
  3. Connaître un secteur sur le bout des doigts est essentiel pour y investir avec succès.

FAQ : l'affaire des oignons et l'Onion Futures Act

Peut-on encore trader des contrats à terme sur les oignons aux États-Unis ?

Non. L'Onion Futures Act de 1958 est toujours en vigueur en 2026 : il reste interdit de négocier des futures sur oignons aux États-Unis. C'est le seul produit agricole concerné par une telle interdiction.

Qui était derrière le corner sur les oignons de 1955 ?

Le producteur Vince Kosuga, associé au trader Sam Siegel. Ensemble, ils ont contrôlé jusqu'à environ 98 % des oignons disponibles à Chicago avant de retourner le marché contre les autres acteurs.

Combien Vince Kosuga a-t-il gagné ?

Environ 8,5 millions de dollars de l'époque grâce à sa position vendeuse (short), soit l'équivalent de plusieurs dizaines de millions de dollars aujourd'hui une fois ajusté de l'inflation.

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