Les NFT sont des actifs numériques qui peuvent être achetés, vendus et collectionnés comme les cryptomonnaies. Ce sont des actifs numériques généralement représentés et sécurisés par une blockchain spécifique. Il peut s'agir d'œuvres d'art, de musique, de cartes à collectionner ou encore d'objets de jeu. Dans ce guide complet, nous allons nous intéresser à une catégorie bien particulière de NFT : les Ordinals, aussi appelés Ordinals Bitcoin.
Si de nombreuses blockchains permettent nativement la création de NFT (Ethereum, Solana, Polygon…), la blockchain Bitcoin n'a pas été conçue dans ce but à l'origine. Elle a été pensée comme un grand livre sécurisé pour les transactions en peer-to-peer. Pourtant, les développeurs Bitcoin ont réussi à étendre ses capacités pour y intégrer ce que l'on appelle aujourd'hui les Ordinals.
Mise à jour 2026. Cet article a été révisé pour refléter l'état actuel de l'écosystème. Depuis sa première publication en 2023, deux choses ont radicalement changé : le nombre d'inscriptions a explosé (plus de 90 millions début 2026, contre 17 millions à l'été 2023), et Casey Rodarmor a lancé un second protocole majeur, Runes, le jour du halving d'avril 2024. On en parle en détail plus bas.
Ordinals Bitcoin : 3 points essentiels à retenir
- Les Ordinals Bitcoin sont créés par un processus dit d'inscription, en imprimant un Ordinal sur un satoshi (la plus petite unité de Bitcoin, soit un cent-millionième de BTC).
- Ces "NFTs" sur Bitcoin sont aussi populaires que controversés : ils ont provoqué une hausse soudaine des frais de transaction BTC et alimentent un débat profond dans la communauté.
- Au lancement du protocole, début 2023, on comptait quelques centaines de milliers d'inscriptions. Le compteur a depuis dépassé les 90 millions d'inscriptions début 2026, et le protocole frère Runes est devenu le principal moteur d'activité « metadata » sur Bitcoin.
Ordinals Bitcoin : définition et fonctionnement général
Les Ordinals Bitcoin sont des jetons non fongibles (NFT) inscrits directement sur la blockchain Bitcoin. Ils sont créés via un processus d'inscription utilisant le protocole Ordinals. Chaque Bitcoin NFT possède un numéro de série, ou ordinal, gravé sur un satoshi unique. Ce numéro confère à chaque actif numérique sa rareté et sa valeur potentielle.
Le terme "inscription" fait directement référence à l'idée d'inscription comptable, comme on inscrirait une écriture dans un grand livre.
Les NFT sur la blockchain Bitcoin ont été rendus possibles grâce à plusieurs améliorations du protocole. Ces évolutions rendent les transactions complexes plus difficiles à distinguer entre elles, normalisent leur apparence et exploitent des technologies comme SegWit, Taproot et les canaux de paiement de couche 2 (Lightning Network). Résultat : une extension des capacités de la blockchain et une réduction de la taille des transactions.
Concrètement, la création de NFT sur Bitcoin est devenue possible avec le lancement officiel du protocole Ordinals en janvier 2023, par le développeur Casey Rodarmor.
Un mois plus tard, Yuga Labs (les créateurs du célèbre Bored Ape Yacht Club) a annoncé le lancement de sa collection de NFT Bitcoin, TwelveFold, marquant l'entrée des grands acteurs du NFT sur Bitcoin. Cette collection de 300 pièces, présentée comme une expérience par Yuga Labs, a levé environ 16,5 M$ lors de son enchère ; les versions physiques ont été distribuées en 2024. Les NFT Bitcoin sont également appelés Ordinal Bitcoin ou NFT Ordinal.
Comment fonctionnent les Ordinals Bitcoin techniquement ?
Chaque NFT inscrit sur Bitcoin contient un satoshi "inscrit" qui porte un numéro de série unique. Chaque satoshi possède ainsi une identité individuelle, ce qui permet de l'échanger et de le suivre avec précision sur la blockchain.
1. Pour créer un Ordinal Bitcoin, vous devez accéder à Bitcoin Core et synchroniser un nœud (node) Bitcoin complet.
2. Ensuite, vous créez un portefeuille Ordinals et l'alimentez avec des satoshis.
3. Le client "ord" doit être installé sur le nœud Bitcoin pour enregistrer les satoshis et créer les NFTs BTC, c'est-à-dire les Ordinals.
Si vous préférez éviter le code, une alternative consiste à créer votre Ordinal via des solutions no-code comme UniSat, OrdinalsBot ou Gamma. Ces plateformes proposent la fonctionnalité d'inscription en quelques clics, accessible à tous.
Ordinals vs NFT classiques : quelles différences ?
Un Ordinal Bitcoin est tout à fait comparable aux NFT classiques en tant qu'actif numérique. Cependant, il s'en distingue par son inscription directe sur un satoshi, la plus petite unité du Bitcoin. Ces inscriptions sont devenues possibles grâce à la mise à jour Taproot de Bitcoin déployée en 2021.
Les NFT classiques sont disponibles sur de nombreuses places de marché (OpenSea, Magic Eden, Blur…). À leurs débuts, en 2023, les Ordinals s'échangeaient surtout via Discord, Telegram et quelques marketplaces sélectionnées. Ce n'est plus le cas : le marché s'est totalement professionnalisé et passe désormais par des plateformes dédiées comme Magic Eden, Unisat ou Xverse (voir plus bas).
Les Ordinals Bitcoin se distinguent des NFT d'Ethereum et d'autres blockchains par plusieurs aspects essentiels :
- Les NFT sur Bitcoin sont des actifs numériques 100 % on-chain. Cela les rend authentiques et strictement uniques.
- Grâce au protocole Ordinals, les inscriptions sur Bitcoin sont immuables : le fichier complet est stocké directement sur la blockchain. À l'inverse, les NFT Ethereum peuvent parfois être modifiés ou supprimés car ils ne sont pas réellement on-chain. Les métadonnées d'un NFT Ethereum contiennent généralement un lien vers le fichier, plutôt que le fichier lui-même. Pour qu'ils soient vraiment immuables, ils doivent être audités.
- Les frais d'inscription sur Ordinals dépendent directement de la taille du fichier.
- Le contenu ne peut pas être perdu. Sur les NFT hors chaîne stockés sur IPFS, le contenu peut disparaître si le serveur d'hébergement n'est plus actif.
- Les PSBT (Partially Signed Bitcoin Transactions) permettent d'échanger des Ordinals sans intermédiaire. Les NFT Ethereum, quant à eux, transitent généralement par des plateformes intermédiaires nécessitant des autorisations parfois illimitées sur le wallet.
Le processus d'inscription sur Bitcoin expliqué
Lorsqu'un NFT est inscrit sur Bitcoin, ses données de contenu sont écrites dans une signature d'authentification au sein d'une transaction Bitcoin spécifique. Cette signature d'authentification (appelée "witness" ou "témoin") est rendue possible grâce à la mise à jour SegWit déployée en 2017. Les inscriptions sont donc on-chain, à la différence de la majorité des NFT qui se font hors chaîne.
Environ 200 000 Ordinals Bitcoin étaient déjà "inscrits" fin février 2023. Ce nombre a ensuite suivi une croissance fulgurante : plus de 660 000 fin mars 2023, environ 52 millions fin 2023, près de 70 millions en septembre 2024, puis le cap des 80 millions franchi en février 2025. Début 2026, on dépasse les 90 millions d'inscriptions.
Runes : le protocole frère qui a tout changé en 2024
Impossible de parler des Ordinals aujourd'hui sans évoquer Runes. Lancé par Casey Rodarmor — le créateur d'Ordinals lui-même — le jour du halving Bitcoin d'avril 2024, Runes est un standard de tokens fongibles sur Bitcoin. Là où les Ordinals créent des actifs uniques (NFT) inscrits sur un satoshi, Runes sert à émettre des jetons fongibles directement sur la blockchain Bitcoin, de façon plus efficace et plus propre que le standard expérimental BRC-20 qui l'a précédé.
Concrètement, Runes est devenu le principal moteur d'activité « metadata » sur Bitcoin : une grande partie des frais payés aux mineurs (et donc de la pression sur l'espace de blocs dont on parle dans la section controverses) provient désormais de l'activité Runes. Si vous entendez parler de « memecoins sur Bitcoin », c'est presque toujours de Runes qu'il s'agit.
À retenir en une phrase : Ordinals = NFT / objets uniques sur Bitcoin ; Runes = tokens fongibles sur Bitcoin. Les deux protocoles sont issus du même auteur et cohabitent dans le même écosystème de wallets et de marketplaces.
