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Fiscalité crypto Suisse 2026 : plus-values, fortune, dérivés

Captain Trading··29 min
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En Suisse, la plus-value que tu réalises en revendant du bitcoin n’est pas imposable. Pas « peu imposée » : pas imposable du tout. L’article 16, alinéa 3 de la loi sur l’impôt fédéral direct tient en une ligne : « Les gains en capital réalisés lors de l’aliénation d’éléments de la fortune privée ne sont pas imposables. »

Ce que presque aucune fiche francophone ne dit : l’exonération couvre aussi les produits dérivés. L’Administration fédérale des contributions l’écrit noir sur blanc dans un dossier que personne ne cite — nous y revenons. Un future sur BTC suit exactement le régime du BTC au comptant.

Le piège est ailleurs. La Suisse ne taxe pas le gain, elle taxe la détention : chaque 31 décembre, ton portefeuille entre dans l’assiette d’un impôt sur la fortune sans aucun étage fédéral — tout se joue au canton puis à la commune, avec un rapport de 1 à 13 entre deux chefs-lieux sur le même patrimoine. S’y ajoute un prélèvement fédéral que les articles oublient : les cotisations AVS des non-actifs, assises elles aussi sur la fortune. Ce qui suit vise l’année 2026, à jour au 3 septembre 2026 ; quand un point n’est tranché par aucun texte, on le dit au lieu d’inventer.

L’essentiel à retenir

  • 0 % sur la plus-value privée, spot et dérivés — et, symétriquement, aucune perte n’est déductible, pas même une liquidation.
  • Il n’existe aucun impôt fédéral sur la fortune : un chiffre national unique serait faux. Il faut le canton et la commune.
  • Sur 500 000 fr. de fortune nette, la charge va d’environ 187 fr. en ville de Zoug à 2 551 fr. à Lausanne.
  • Celui qui vit de son portefeuille sans emploi cotise à l’AVS, à l’AI et aux APG sur sa fortune : de 530 à 26 500 fr. par an. Prélèvement fédéral, donc identique partout — il écrase l’écart entre cantons.
  • Tout le jeu consiste à rester en gestion de fortune privée sans basculer en commerce professionnel de titres, où le gain devient du revenu imposable et cotisable.
  • Les critères de sécurité de l’AFC n’admettent les dérivés que pour couvrir, et le levier est l’« indice le plus pertinent » d’un commerce professionnel.
  • Les revenus produits sont imposables : minage, staking, lending, airdrops, salaire en crypto, à la valeur du jour de réception.
  • Aucun impôt fédéral sur les successions et donations : l’initiative qui voulait en créer un a été rejetée le 30 novembre 2025 par environ 78 % de non.
  • L’échange automatique sur les crypto-actifs ne s’applique pas en 2026 : 1er janvier 2027 au plus tôt, partenaires non arrêtés.
  • La doctrine de l’AFC ne couvre que les faits soumis jusqu’à fin décembre 2020 : ni DeFi, ni NFT, ni perpétuels n’y ont jamais été examinés.

Le principe : le gain est franc d’impôt

Ce n’est pas une faveur, c’est une architecture : le législateur fédéral a délibérément renoncé à imposer les gains en capital des particuliers, et le Parlement l’a réaffirmé lors du programme de stabilisation 1998 : la tentative d’inscrire le commerce professionnel de titres dans la loi a échoué, et il a été décidé de s’en tenir au droit en vigueur. En contrepartie, la Confédération laisse aux cantons un impôt annuel sur le stock.

Conséquence directe : vendre n’est pas un événement fiscal. Ni la vente contre francs, ni le swap d’un jeton contre un autre, ni le paiement d’un bien en crypto. C’est une différence radicale avec la France, où le sursis d’imposition des échanges ne fait que reporter l’impôt jusqu’à la sortie vers l’euro, et avec la Belgique, qui taxe depuis le 1er janvier 2026 les plus-values à 10 % au-delà d’un abattement annuel. Le Luxembourg exonère aussi, mais seulement après six mois de détention : la Suisse, elle, ne pose aucune condition de durée pour le principe.

L’angle que personne ne traite : les dérivés

Toutes les fiches suisses en ligne s’arrêtent au comptant. La réponse existe pourtant, officielle et datée. Le dossier de l’AFC « Traitement fiscal des obligations, produits dérivés et combinés », mars 2023, écrit au chiffre 3.4.3 :

« Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, les gains provenant d’opérations à terme constituent — tout comme les opérations de Bourse au comptant — des gains en capital et doivent être fiscalement traités comme tels. De sorte qu’aussi longtemps que les gains en capital réalisés sur la fortune privée ne sont pas expressément visés par la loi, de tels gains provenant d’opérations à terme (futures) ou d’opérations sur options demeurent exonérés de tout impôt […]. En corollaire, d’éventuelles pertes correspondantes dans le patrimoine privé ne peuvent pas non plus être déduites. »

Concrètement : un gain de 200 000 fr. sur un contrat à terme BTC, réalisé par un particulier genevois en gestion privée, n’est imposable nulle part — et une perte de 200 000 fr. sur ce même contrat n’est déductible de rien. Retiens bien la seconde moitié : en Suisse, une année de drawdown n’ouvre aucun droit. Ni liquidation, ni rug pull, ni faillite de plateforme, ni clés perdues ne génèrent la moindre déduction en fortune privée. C’est le prix exact de l’exonération.

L’impôt sur la fortune : aucun étage fédéral

Trois prélèvements frappent le détenteur même s’il ne vend jamais : l’impôt cantonal et communal sur la fortune, au 31 décembre et à la valeur vénale (art. 13, 14 et 17 de la loi sur l’harmonisation des impôts) ; l’impôt sur le revenu, pour tout ce que les cryptos produisent ; les cotisations sociales des non-actifs. Le premier est le plus mal compris, la Confédération ne prélevant aucun impôt sur la fortune : chaque canton a son barème, dont l’impôt simple est ensuite multiplié par la somme d’un multiple cantonal et d’un multiple communal qui change d’une commune à l’autre. Les paramètres 2026 des six cantons romands, plus Berne, Zurich, le Tessin et Zoug, sont relevés sur les feuilles cantonales de l’AFC, état février 2026 ; les multiples annuels viennent du dossier « Taux et coefficients d’impôts », état de la législation au 1er janvier 2026.

CantonFortune non imposée (personne seule)Barème de baseCoefficients 2026 (canton + chef-lieu)
GenèveDéduction sociale de 87 872 fr.1,49 à 3,83 ‰, plus un impôt supplémentaire48,5 % + 45,49 % de centimes additionnels
VaudFranchise de 60 000 fr. : au-delà, tout est imposé0,24 à 3,39 ‰155 % + 78,5 % (Lausanne)
ValaisMontant exonéré de 45 000 fr.1,0 à 3,0 ‰, en taux global par classePas de multiple cantonal + 1,10 (Sion)
FribourgDéduction sociale de 55 000 fr., mais dégressive dès 75 000 fr. de fortune : nulle pour un portefeuille conséquent0,5 à 3,7 ‰, puis 2,9 ‰ au-delà de 1,2 million100 % + 80 % (ville)
NeuchâtelPremière tranche de 50 000 fr. à 0 ‰3,0 à 5,0 ‰, puis 3,6 ‰ à plat au-delà de 500 000 fr.124 % + 65 % (ville)
JuraDéduction sociale de 28 500 fr. ; imposition dès 58 000 fr. de fortune imposableTaux unitaire de 0,50 à 1,20 — unité non tranchée2,85 + 1,90 (Delémont)
BerneAucun impôt sous 100 000 fr. de fortune déterminante pour le taux0,40 à 1,35 ‰, puis 1,25 ‰2,975 + 1,54 (ville)
ZurichPremière tranche de 81 000 fr. à 0 ‰0,5 à 3,0 ‰95 % + 119 % (ville)
TessinFranchise de 200 000 fr. : en dessous, aucun impôt1,0 à 3,0 ‰, dernière tranche à 2,5 ‰100 % + 93 % (Bellinzone)
ZougMontant exonéré de 204 000 fr.0,425 à 1,70 ‰78 % + 52,11 % (ville)

Deux réserves d’honnêteté. Pour le Jura, les bornes sont sûres mais pas l’unité des taux : le texte légal parle d’un « taux unitaire » sans imprimer le moindre symbole, quand la feuille cantonale affiche « % ». La lecture en pour-cent donnerait une charge absurde, celle en pour-mille est cohérente, mais aucune source jurassienne ne l’atteste : nous ne publions donc aucun montant jurassien. Pour Zoug, les montants indexés portent encore la mention « valables dès la période fiscale 2025 » — une réindexation 2026 n’est pas exclue.

L’écart réel, sur un même patrimoine

Trois calculs complets, pour une personne seule détenant 500 000 fr. de fortune nette.

CommuneDétail du calculImpôt annuelCharge
Ville de ZougBase de 296 000 fr. après montant exonéré ; impôt simple de 143,65 fr. × 1,3011187 fr.0,37 ‰
Ville de GenèveBase de 412 128 fr. ; impôt de base 824,18 fr. × 1,9399 de centimes, plus un impôt supplémentaire de 39,50 fr. qui, lui, ne supporte aucun centime1 638 fr.3,28 ‰
LausanneImpôt de base de 1 092,70 fr. × 2,335 (155 % + 78,5 %)2 551 fr.5,10 ‰

Un rapport de 13,6 entre Lausanne et Zoug, sur un patrimoine identique, sans qu’aucune vente n’ait eu lieu. C’est l’argument que tous les articles mettent en avant — et nous verrons plus bas pourquoi il est très exagéré.

Ne compte pas sur les boucliers fiscaux. À Genève, dans le canton de Vaud et au Tessin, le plafond de 60 % impute à ta fortune un rendement net minimum de 1 %, même si ton portefeuille ne rapporte pas un centime. Pire dans le canton de Vaud : après bouclier, l’impôt cantonal et communal ne peut pas descendre sous 3 ‰ par an. Berne plafonne à 25 % du rendement, plancher à 2,4 ‰. Un bouclier n’est jamais une exonération.

À quelle valeur déclarer ? L’ordre est impératif

Le document de travail de l’AFC fixe trois règles, dans cet ordre : la valeur fiscale publiée dans la liste des cours ICTax ; à défaut, le cours d’une des principales plateformes de trading ; à défaut de tout cours, le prix d’achat converti en francs.

Le problème est arithmétique. Nous avons interrogé l’API publique d’ICTax le 3 septembre 2026 : elle recense exactement 90 jetons, dans un univers figé autour de 2022. MATIC, LUNC, BUSD et ETHW y sont encore ; SUI, APT, TIA, ARB, OP, TON, SEI, INJ, PEPE, HYPE, ENA, JUP, stETH et wstETH en sont tous absents, comme les NFT. Pour l’essentiel d’un portefeuille de 2026, la règle 1 ne s’applique donc jamais : tu tombes sur la règle 2 voire la 3, et la charge de la preuve bascule sur toi. Un journal de trading tenu proprement, avec les cours retenus et leur source, vaut mieux que trois soirées de reconstitution.

Un point que nous ne trancherons pas : la valeur fiscale officielle du bitcoin au 31 décembre 2025 reste inconnue, l’API ICTax ne renvoyant que les symboles. Relève-la toi-même, et ne reprends jamais un chiffre lu sur un blog.

L’AVS des non-actifs : le prélèvement que personne ne cite

Voici ce qui manque à la totalité des contenus francophones, et qui vise exactement le lecteur qui a réussi : celui qui vit de son portefeuille et n’a plus d’emploi. Il n’est pas hors du système social suisse — il est une personne sans activité lucrative au sens de l’article 10 de la loi sur l’AVS, et l’article 28 du règlement calcule sa cotisation non pas sur un revenu, mais sur sa fortune.

Fortune déterminanteCotisation AVS annuelleSupplément par tranche de 50 000 fr.
Moins de 350 000 fr.435 fr. (cotisation minimale)
Dès 350 000 fr.522 fr.87 fr.
Dès 1 750 000 fr.2 958 fr.130,50 fr.
Dès 8 950 000 fr.21 750 fr. (plafond)

Ce barème est celui de l’AVS seule. S’y ajoutent l’assurance invalidité, de 70 à 3 500 fr., et les allocations pour perte de gain, de 25 à 1 250 fr. : total légal de 530 à 26 500 fr. par an. Trois précisions : une rente perçue s’ajoute à la fortune, multipliée par 20 ; une personne mariée cotise sur la moitié de la fortune du couple ; et la fortune retenue est celle de ta taxation cantonale entrée en force, si bien que déclarer tes cryptos alimente mécaniquement ta facture AVS.

Un petit boulot ne te protège pas. L’article 28bis est explicite : celui qui n’exerce pas durablement une activité lucrative à plein temps cotise comme un non-actif lorsque, sur l’année, les cotisations prélevées sur son salaire et celles dues par son employeur n’atteignent pas la moitié de la cotisation calculée sur la fortune.

Et c’est ce qui démolit l’argument « Zoug contre Lausanne ». L’AVS est fédérale, donc rigoureusement identique dans les deux villes. Sur 500 000 fr. de fortune, la cotisation AVS seule vaut 783 fr. par an (522 fr. à 350 000 fr., plus trois tranches de 87 fr.) et le total AVS, AI et APG 954 fr., montant que la table 2026 du mémento 2.03 donne directement, frais d’administration en sus. Ajoute ces 954 fr. des deux côtés : le Zougois passe à 1 141 fr. de charge annuelle, le Lausannois à 3 505 fr. Le fameux rapport de 1 à 13 tombe à 1 à 3. Un article honnête donne les deux chiffres.

Le vrai sujet suisse : le commerce professionnel de titres

Toute l’exonération repose sur une qualification : rester dans la « simple gestion de la fortune privée ». Si l’administration retient une activité lucrative indépendante, tes gains basculent dans l’article 18 de la loi sur l’impôt fédéral direct : revenu imposable au barème, et cotisable à l’AVS. L’AFC applique aux crypto-actifs, par analogie, les cinq critères de sa circulaire n° 36 du 27 juillet 2012. Remplis cumulativement, le texte est catégorique : les autorités concluent « dans tous les cas » à la gestion de fortune privée.

  1. Les titres vendus ont été détenus six mois au moins.
  2. Le volume total des transactions — la somme de tous les achats et de toutes les ventes — ne dépasse pas, par année civile, cinq fois le montant des titres et avoirs au début de la période fiscale.
  3. Les gains en capital ne sont pas nécessaires pour remplacer des revenus manquants, ce qui est normalement le cas lorsqu’ils représentent moins de 50 % du revenu net de la période.
  4. Les placements ne sont pas financés par des fonds étrangers, ou les rendements de fortune imposables dépassent la part proportionnelle des intérêts passifs.
  5. L’achat et la vente de produits dérivés, en particulier d’options, se limitent à la couverture des positions-titres du contribuable.

Deux contresens à éviter. Ce n’est pas un droit acquis : à défaut de satisfaire les cinq critères, « l’existence d’un commerce professionnel de titres ne peut pas être exclue » et il faut apprécier l’ensemble des circonstances — ni requalification automatique, ni protection. Et non, un indice « secondaire » n’est pas inoffensif : le chiffre 4.3.1 précise que chacun des indices peut, selon les circonstances, suffire à lui seul. Seuls deux d’entre eux ont été relégués au second plan par un arrêt du Tribunal fédéral de 2009, et pour les seuls portefeuilles de titres : la manière d’agir systématique et les connaissances professionnelles spécifiques. Ce que le même passage juge déterminant, ce sont le volume des transactions et le financement par fonds étrangers.

Pourquoi un trader de dérivés coche ces deux cases

La circulaire range expressément les dérivés parmi les titres, au chiffre 4.2 : « les dérivés, dont le prix est fonction d’une valeur sous-jacente déterminée […] font également partie des titres. Les instruments financiers dérivés sont notamment constitués d’options, de futures et de swaps. » Ils n’entrent donc pas seulement dans le critère n° 5, mais dans toute l’analyse : chaque ouverture et chaque fermeture compte dans le volume du critère n° 2. Un portefeuille de 100 000 fr. qui tourne soixante fois dans l’année atteint 6 millions de volume, soit soixante fois la fortune de début de période au lieu des cinq admis — sans avoir jamais retiré un franc.

Le critère n° 5 achève le tableau : le dérivé n’est admis que comme instrument de couverture. Tout usage directionnel — l’usage normal d’un perpétuel dans une stratégie de trading — sort du cadre : la circulaire précise que si le volume des dérivés est important par rapport à la fortune totale et si cette utilisation dépasse la protection contre les risques, « l’utilisation de dérivés doit être qualifiée de spéculative ».

Enfin l’effet de levier. Trader sur marge, utiliser un crédit lombard ou emprunter pour acheter des cryptos, c’est du financement par fonds étrangers — que la circulaire qualifie d’« indice le plus pertinent » d’un commerce professionnel. Le levier cumule donc à lui seul les deux indices jugés déterminants : c’est de très loin la façon la plus rapide de perdre l’exonération. Une nuance que nous ne trancherons pas : la marge d’un perpétuel n’est pas juridiquement un emprunt bancaire, c’est un dépôt de garantie chez la contrepartie, et aucune doctrine publiée ne dit si le levier interne d’un exchange constitue un « financement par fonds étrangers » au sens du critère n° 4. Nous signalons le point sans l’affirmer dans un sens ni dans l’autre.

Ce que le basculement coûte — et ce qu’il rapporte

Le statut professionnel n’est ni bon ni mauvais dans l’absolu : il coûte de l’impôt et des cotisations sur les gains, il rembourse une partie des pertes. Les deux branches côte à côte :

PointGestion de fortune privéeCommerce professionnel de titres
Plus-value, spot et dérivésNon imposableRevenu imposable : fédéral + cantonal + communal
Cotisations sociales sur le gainAucuneAVS, AI et APG d’indépendant, environ 10 % au maximum du revenu net
PertesJamais déductiblesDéductibles, si comptabilisées ou justifiées
Report des pertesSans objetSept exercices précédents
Intérêts passifsDéductibles jusqu’au rendement brut de la fortune + 50 000 fr.Entièrement déductibles
Retour à l’autre statutFait générateur imposable sur les réserves latentes

La ligne du report est la plus sous-estimée : après une année de liquidations en série, le statut professionnel permet d’imputer le trou sur sept exercices, quand la perte privée est fiscalement inexistante. La dernière ligne est le piège de sortie : le transfert de la fortune commerciale vers la fortune privée est « assimilé à une aliénation », si bien que redevenir un simple particulier après une année professionnelle déclenche l’impôt sur les plus-values latentes.

Côté taux, l’impôt fédéral direct plafonne à 11,5 % — mais en taux moyen, pas en taux marginal, ce qui change tout sur les revenus intermédiaires. S’y ajoutent les barèmes cantonal et communal : selon le domicile, la charge marginale totale d’un indépendant va grossièrement de 22 % à 45 %. Ordre de grandeur, pas chiffre — seul un calcul commune par commune a un sens. À noter, deux sources officielles divergent sur le revenu à partir duquel ce taux moyen est atteint pour une personne seule : l’article 36, alinéa 1 de la loi, dans sa version en vigueur au 1er janvier 2026, indique 794 000 fr. pour 91 310 fr. d’impôt, quand un dossier de l’AFC écrit 794 600 fr. C’est la loi qui tient : 91 310 divisé par 794 000 fait exactement 11,5 %, ce que le chiffre du dossier ne donne pas.

Perpétuels, funding, liquidations : le silence officiel

Soyons précis sur ce que personne ne sait. Le dossier de l’AFC sur les produits dérivés ne consacre de chapitre d’imposition qu’aux opérations à terme et aux options : les swaps ne sont définis que dans son glossaire, sans régime propre, et le document de travail crypto ne mentionne ni dérivés, ni perpétuels, ni funding.

Ce qu’on peut écrire : un perpétuel est économiquement un swap et juridiquement un dérivé au sens de la circulaire 36, donc un titre, et le régime des opérations à terme a vocation à s’y appliquer par analogie. Ce qu’on ne peut pas écrire : que le funding rate perçu est certainement un gain en capital exonéré, ou certainement un revenu de la fortune mobilière imposable. Les deux lectures se défendent — périodique, il ressemble à un rendement ; intégré au résultat de la position, à une composante du gain — et aucun texte ne tranche. Affirmer l’une des deux serait l’erreur que cet article dénonce.

La voie réaliste pour un portefeuille significatif est le ruling cantonal préalable, en sachant qu’il peut être refusé : les autorités ne renseignent de façon contraignante que « dans des cas sans équivoque », et un book de perpétuels n’en est pas un. Si tu passes par une prop firm, la question se pose encore autrement, la rémunération n’étant en général pas un profit de marché.

Opération par opération

OpérationImposable ?Régime et point de vigilance
Vente contre francsNon en fortune privéeGain en capital exonéré. Imposable si commerce professionnel.
Échange crypto contre cryptoNonAliénation comme une autre, donc exonérée. Mais chaque swap compte dans le volume des 5 fois.
Dérivés : futures, options, perpétuelsNon en fortune privéeMême régime que le spot. Mais ce sont des titres, et l’usage directionnel sort du cadre.
Salaire reçu en cryptoOuiRevenu d’activité lucrative, sur le certificat de salaire, avec cotisations sociales.
MinageOuiRevenu à la valeur du jour. Si l’activité est indépendante, les jetons minés passent en fortune commerciale.
Staking en poolOuiRevenu de la fortune mobilière, à la valeur du jour de réalisation.
Staking en validateur directOui, et plus risquéL’AFC demande de vérifier s’il y a activité lucrative indépendante.
Lending et rendements DeFiOuiRevenu de la fortune mobilière. Rattachement issu de la pratique cantonale, pas d’un texte fédéral.
AirdropOuiImposable à la valeur marchande au moment de l’attribution, même si tu n’as rien demandé.
Liquidation, vol, rug pull, faillite d’exchangeAucune déductionSymétrie exacte de l’exonération des gains.
NFTSelon le casAucun texte AFC. Fortune privée : revente exonérée. Création et royalties : revenu imposable.
Donation et successionSelon le cantonAucun étage fédéral. Conjoint exonéré partout ; descendants exonérés dans la plupart des cantons.
Départ de SuisseNonAucune exit tax sur les crypto-actifs des personnes physiques. Le pays d’arrivée, lui, peut en avoir une.

Les revenus : l’asymétrie qui fait mal

Le staking en pool est un revenu de la fortune mobilière, à déclarer à la valeur du jour de la réalisation — l’encaissement ou l’acquisition d’une prétention ferme, et non la date de déblocage. En validateur direct, l’AFC demande de vérifier s’il y a activité lucrative indépendante : cela entraînerait l’AVS et pourrait faire basculer la poche concernée en fortune commerciale. Même logique pour le yield farming et le lending, avec une réserve : ce rattachement vient de la pratique cantonale, pas d’un texte fédéral. Le restaking et les jetons de liquid staking ne sont couverts par aucun texte.

Et voici la brutalité du système : un airdrop est imposable « à la valeur marchande […] au moment de l’attribution ». Si le jeton s’effondre ensuite, tu restes imposé sur la valeur du jour de réception et la moins-value n’est déductible de rien. Même mécanique pour un revenu de staking encaissé au sommet du marché. Documente la date et le cours.

Droits de timbre et TVA : « zéro sur la crypto » est faux

C’est vrai pour le bitcoin au comptant — les jetons de paiement ne sont pas des documents imposables au sens de la loi sur les droits de timbre — et vrai pour les options et les futures, sauf si l’exécution conduit à la remise de titres imposables. C’est faux pour l’enveloppe la plus courante en banque suisse : un ETP ou un produit structuré crypto coté est un instrument de dette, donc un titre imposable, dont l’achat ou la vente par un commerçant de titres suisse déclenche le droit de négociation — 1,5 ‰ pour un titre suisse, moitié à la charge de chaque partie, 3 ‰ pour un titre étranger.

Même prudence sur les catégories de jetons : l’AFC en distingue trois familles — paiement, investissement, utilité —, la deuxième se subdivisant elle-même en trois sous-types, et seuls les jetons de paiement ont le zéro absolu. Un jeton de dette porte 35 % d’impôt anticipé sur ses intérêts, une action tokenisée subit l’impôt anticipé sur ses dividendes et le droit d’émission, et un jeton d’investissement à base contractuelle voit ses paiements imposés intégralement comme revenus de capitaux mobiliers. Généraliser le régime des jetons de paiement à des RWA tokenisés est une erreur. Côté TVA enfin, le négoce de dérivés est exclu du champ par la loi sur la TVA, mais leur garde et leur gestion y sont imposables à 8,1 % : une commission de conservation porte de la TVA, contrairement aux frais de trading. Pour les cryptomonnaies elles-mêmes, en revanche, l’exclusion repose sur une pratique administrative dont nous n’avons pas pu établir la référence exacte.

Déclarer : l’état des titres

Il n’existe pas de formulaire fédéral unique : la déclaration est cantonale, avec son propre logiciel. L’annexe qui te concerne s’appelle l’état des titres et autres placements de capitaux — une ligne par cryptomonnaie, la quantité détenue au 31 décembre, le cours retenu, la contre-valeur en francs, un extrait de portefeuille en pièce jointe ; les revenus se déclarent séparément. Différence structurelle avec la France : aucun formulaire spécifique de déclaration des comptes étrangers, donc aucune amende forfaitaire par compte non déclaré. Un compte chez une plateforme étrangère ou un wallet auto-hébergé se déclare comme tout autre élément de fortune, dans le même état des titres : l’obligation existe pleinement, mais passe par le droit commun.

Expatrié imposé à la source : en permis B ou L, tu n’es pas dispensé de déclaration dès que tu détiens des cryptos. La loi sur l’harmonisation prévoit une taxation ordinaire ultérieure obligatoire lorsque « la fortune et les revenus dont elles disposent ne sont pas soumis à l’impôt à la source » — un portefeuille crypto est exactement cela. Tu as jusqu’au 31 mars de l’année suivante pour demander le formulaire : c’est à toi d’aller le chercher. Une fois déclenchée, la taxation s’applique jusqu’à la fin de ton assujettissement à la source et n’est pas réversible, l’impôt déjà prélevé étant imputé sans intérêts. Ne rien faire, c’est une soustraction d’impôt. Certains cantons y renoncent sous un seuil de fortune, non centralisé : demande-le à ton administration cantonale.

Sur les délais ordinaires, nous n’inventerons rien : fixés canton par canton, généralement fin mars avec prolongation sur demande, et les dates exactes de la campagne 2027 ne sont pas publiées. Les numéros de formulaires cantonaux changent aussi chaque année : relève-les sur le site de ton canton.

Le décès : l’inventaire officiel en deux semaines

C’est la procédure la plus spécifique aux cryptos, et la plus ignorée. Un inventaire officiel de la fortune du défunt est établi dans les deux semaines qui suivent le décès, et celui qui dissimule des biens successoraux dont il devait annoncer l’existence encourt une amende de 10 000 fr., portée à 50 000 fr. dans les cas graves ou en cas de récidive — une sanction distincte de celle de la soustraction. Le cas typique : un héritier qui connaît la seed d’un wallet jamais déclaré. Deux points s’ajoutent : la qualification fiscale des titres du défunt survit au décès, si bien qu’hériter du portefeuille d’un commerçant professionnel, c’est hériter d’un portefeuille commercial dont chaque revente sera imposable ; à l’inverse, le rappel d’impôt simplifié des héritiers ne porte que sur les trois périodes précédant le décès, au lieu de dix.

Sur les successions, la documentation de l’AFC est nette : aucun impôt fédéral, compétence exclusivement cantonale — consolidée par le rejet de l’initiative du 30 novembre 2025. Le conjoint ou partenaire enregistré survivant est exonéré dans tous les cantons, les descendants directs dans la plupart, avec des exceptions : Vaud exonère le premier million puis dégresse jusqu’à deux millions, Neuchâtel accorde 50 000 fr., Appenzell Rhodes-Intérieures 300 000 fr. Si tu lis encore la franchise vaudoise de 251 000 fr., elle est périmée. Particularité genevoise : l’exonération des descendants tombe si le défunt était imposé d’après la dépense lors de l’une des trois dernières taxations définitives. Quant aux franchises pour frères, sœurs et tiers, la seule source disponible date du 1er janvier 2025 et au moins un canton a bougé depuis : nous ne les publions pas comme du droit 2026.

Régulariser : la dénonciation spontanée

Si des années de cryptos n’ont jamais été déclarées, le droit fédéral prévoit une porte de sortie. Lors d’une première dénonciation spontanée, il est renoncé à la poursuite pénale à trois conditions cumulatives : qu’aucune autorité fiscale ne connaisse la soustraction, que tu collabores sans réserve, et que tu t’efforces d’acquitter le rappel dû. Le rappel et les intérêts restent dus — seule l’amende disparaît. Et contrairement à ce qu’on lit, les dénonciations ultérieures ne sont pas sans allégement : l’amende tombe alors au cinquième de l’impôt soustrait. À défaut de dénonciation, elle égale en règle générale l’impôt soustrait, réductible au tiers si la faute est légère et triplable si elle est grave.

Pas d’illusions sur les délais : le droit d’introduire une procédure de rappel s’éteint dix ans après la fin de la période concernée, celui d’y procéder quinze ans. Un dernier avertissement, présenté comme tel : une régularisation semble aussi déclencher des cotisations AVS rétroactives, la caisse de compensation étant liée par les données fiscales cantonales. Le mécanisme paraît solide, mais nous ne l’avons pas recontrôlé article par article et nous ne le chiffrons pas.

2026 : ce qui a changé, et ce qui n’a pas bougé

L’essentiel d’abord : le régime crypto lui-même n’a pas changé. Le document de travail de l’AFC porte toujours la date du 14 décembre 2021 ; la circulaire n° 36 date du 27 juillet 2012 et reste inchangée. Le vrai problème est dans l’introduction du document : il ne reflète la pratique que sur les faits soumis à l’AFC jusqu’à fin décembre 2020. Aucun élément de DeFi, aucun NFT, aucun restaking, aucun perpétuel postérieur à 2020 n’y a donc jamais été examiné. Quand une fiche en ligne t’annonce le régime suisse des Ordinals ou d’un protocole de restaking, elle extrapole — au mieux.

Ce qui a réellement bougé au 1er janvier 2026 relève de l’indexation : barème de l’impôt fédéral direct réindexé pour la progression à froid, base minimale de l’imposition d’après la dépense portée à 435 000 fr. par an, nouveaux barèmes de fortune à Zurich et à Genève.

Quant à l’échange automatique de renseignements, beaucoup d’articles se trompent. Selon la page officielle du Secrétariat d’État aux questions financières internationales, mise à jour le 18 mai 2026 : « l’EAR relatifs aux crypto-actifs ne pourra être mis en œuvre par la Suisse qu’à partir du 1er janvier 2027 au plus tôt ». La liste des États partenaires fait encore l’objet de délibérations parlementaires non conclues : le Conseil fédéral a proposé l’Union européenne, le Royaume-Uni et la plupart des pays du G20, à l’exception notable des États-Unis, de la Chine et de l’Arabie saoudite, mais rien n’est arrêté. En pratique, la fortune et les revenus 2026 déclarés en 2027 ne feront l’objet d’aucun échange automatique crypto — ce qui n’est pas une raison pour ne rien déclarer, le rappel d’impôt remontant à dix ans.

Ce que nous n’affirmerons pas

Un article honnête dit aussi où s’arrête ce qu’il sait. Au 3 septembre 2026, aucune source officielle ne permet de trancher : l’unité du barème jurassien de l’impôt sur la fortune, avec un risque de facteur 10 ; la valeur fiscale officielle du bitcoin au 31 décembre 2025 ; le traitement des perpétuels, des funding rates et des liquidations forcées ; la question de savoir si le levier interne d’un exchange constitue un financement par fonds étrangers ; la décote d’une créance sur une plateforme en faillite et la sortie de la fortune imposable de clés volées ou perdues ; la référence exacte de la pratique TVA applicable aux cryptomonnaies elles-mêmes ; le millésime des montants indexés zougois ; les franchises successorales pour frères, sœurs et tiers en 2026 ; les numéros de formulaires cantonaux et les dates limites de la campagne 2027. Documente ta méthode, tiens-t’y d’une année sur l’autre, et demande un ruling plutôt que de recopier un forum ou une intelligence artificielle.

Pour situer la Suisse face aux autres juridictions francophones, les cinq régimes sont mis en vis-à-vis dans le comparatif de la série — avec un résultat qui dépend bien moins du taux affiché que de ton profil réel.

Le simulateur, pour passer aux chiffres

Le simulateur calcule l’impôt sur la fortune de neuf cantons et y ajoute la cotisation AVS des non-actifs — les deux postes que ta plus-value exonérée ne fait pas disparaître. Il affiche la règle appliquée à chaque ligne, et s’arrête sur les cas qu’aucun texte ne tranche plutôt que d’inventer un montant. Tout est calculé dans ton navigateur : rien n’est transmis ni enregistré.

Questions fréquentes

La Suisse taxe-t-elle vraiment 0 % sur les plus-values crypto ?

Oui, pour un particulier en gestion de fortune privée, et cela vaut pour le comptant comme pour les futures et les options. La contrepartie est absolue : aucune perte n’est déductible. Et la Suisse impose chaque année la détention, via l’impôt cantonal et communal sur la fortune.

Combien vais-je payer d’impôt sur la fortune pour mes cryptos ?

Impossible à dire sans ton canton et ta commune, puisqu’il n’existe aucun impôt fédéral sur la fortune. Sur 500 000 fr. nets, la charge va d’environ 187 fr. en ville de Zoug à 2 551 fr. à Lausanne, en passant par 1 638 fr. en ville de Genève. Un simulateur qui donne un chiffre unique est faux.

Je vis de mon portefeuille sans emploi : je ne paie donc rien ?

Au contraire. Tu es une personne sans activité lucrative et tu cotises à l’AVS, à l’AI et aux APG sur ta fortune : de 530 à 26 500 fr. par an, un prélèvement fédéral identique dans tous les cantons. Et un petit emploi ne te protège pas si les cotisations sur ton salaire n’atteignent pas la moitié de la cotisation calculée sur ta fortune.

Mes gains sur contrats perpétuels sont-ils exonérés ?

L’AFC écrit que les gains sur opérations à terme et sur options sont des gains en capital exonérés en fortune privée, et un perpétuel est un dérivé au sens de la circulaire 36 : le régime a vocation à s’y appliquer par analogie. Mais aucune doctrine publiée ne traite des perpétuels, du funding ni des liquidations, et l’usage directionnel fait tomber le cadre de sécurité. Pour un montant significatif, demande un ruling cantonal.

Qu’est-ce qui me fait basculer en commerçant professionnel ?

Cinq critères cumulatifs mettent à l’abri : six mois de détention minimum, un volume annuel de transactions inférieur à cinq fois ta fortune de début de période, des gains sous la moitié de ton revenu net, aucun financement par fonds étrangers, et des dérivés utilisés uniquement en couverture. Le volume et le levier sont les deux indices que le Tribunal fédéral juge déterminants.

Puis-je déduire mes pertes après une année catastrophique ?

En fortune privée, non : ni liquidation sur perpétuels, ni rug pull, ni vol de clés, ni faillite de plateforme. C’est la symétrie exacte de l’exonération des gains. Seul un commerçant professionnel déduit ses pertes, avec report sur sept exercices — mais il paie aussi l’impôt et les cotisations sur ses gains.

Comment déclarer un jeton absent de la liste officielle ?

L’ordre est impératif : liste ICTax d’abord, puis le cours d’une des principales plateformes de trading, puis le prix d’achat converti en francs. Comme ICTax ne recense que 90 jetons figés autour de 2022, c’est presque toujours la deuxième ou la troisième règle qui s’applique : conserve tes captures de cours et tes justificatifs.

La Suisse échange-t-elle déjà mes données crypto avec l’étranger ?

Non. L’échange automatique sur les crypto-actifs ne peut être mis en œuvre par la Suisse qu’à partir du 1er janvier 2027 au plus tôt, et la liste des États partenaires n’est pas arrêtée. Attention toutefois : le droit d’introduire un rappel d’impôt s’éteint dix ans après la période concernée, et celui d’y procéder quinze ans.

Avertissement

Ce contenu est informatif et à jour au 3 septembre 2026. Il ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé : nous ne sommes pas conseillers fiscaux, et la situation de chacun diffère selon son canton et sa commune de domicile, son statut au regard de l’AVS, la nature de ses opérations et l’historique de son portefeuille. Les barèmes cantonaux et les textes cités peuvent être modifiés. Avant toute décision engageant des montants significatifs, consulte un expert fiscal ou demande un ruling à ton administration cantonale.

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